
Entre smog et steppes
Nous sommes en février 2026. Nos partenaires de projet viennent nous chercher à l'aéroport, en banlieue de la capitale Oulan-Bator. « Il fait plus chaud maintenant », disent-ils. « Seulement moins 20 degrés. » Au début de l'année, le mercure est brièvement descendu jusqu'à moins 54 degrés. Un épais nuage de smog recouvre la ville. En hiver, Oulan-Bator figure en effet parmi les villes les plus polluées au monde. Cela s'explique par les grandes centrales à charbon qui produisent de l'électricité et du chauffage urbain, mais aussi par les innombrables poêles à charbon avec lesquels les gens se protègent du froid dans leurs gers (ndt : yourtes mongoles).
La ville connaît une croissance fulgurante. Les gratte-ciel poussent comme des champignons et près de la moitié de la population mongole vit désormais ici, dans la capitale. Beaucoup y viennent dans l'espoir de trouver du travail et une vie meilleure, mais pour la plupart, ce rêve ne se réalise pas.
En périphérie de la ville, nous passons devant une immense décharge. Une pente entière est recouverte de déchets, hauts de plusieurs mètres. C'est là que les plus démunis cherchent de quoi manger ou des matériaux réutilisables. Entre bâches et cartons se dressent des abris de fortune. La poussière, le froid et la puanteur flottent dans l'air, alors qu'à seulement quelques kilomètres de là, la statue de Gengis Khan brille au centre de la ville. Le contraste ne pourrait être plus grand.
Un toit, une assiette et un nouveau départ
Au foyer de Claim, des personnes issues de milieux extrêmement défavorisés peuvent louer une petite chambre. Les pièces mesurent environ trois mètres sur quatre ; l'eau, les toilettes et les douches se trouvent dans le couloir. L'ensemble du bâtiment est chauffé au charbon et le loyer mensuel s'élève à environ 50 euros. Tout le monde ne peut pas payer cette somme régulièrement. Il faut par conséquent que le foyer reste un projet social.
Un homme nous raconte qu'il vit ici avec sa femme et ses trois enfants. Tous les cinq se partagent une seule pièce. C'est là qu'ils cuisinent, mangent et dorment. Les deux parents travaillent, mais leurs revenus ne suffisent pas pour un ger, et encore moins pour un appartement.
Plus tard, nous accompagnons une distribution de matériel humanitaire, organisée par Claim. Les personnes dans le besoin obtiennent des vêtements provenant de dons d'ACP ainsi que des denrées alimentaires de base comme de la farine, de l'huile et du riz. Deux femmes reçoivent également une machine à coudre. L'une d'elles nous invite plus tard dans son ger, situé quelque part sur une colline dans un immense quartier de gers. Il n'y a pas d'eau courante, tout est simple et rudimentaire. Mais pour des milliers de Mongols, c'est la normalité.
Son mari était alcoolique et la vie avec lui était difficile. Depuis qu'il a disparu, c'est plus supportable. Sa sœur est partie elle aussi, et personne ne sait où elle se trouve, peut-être en Chine. La femme s'occupe désormais non seulement de ses propres enfants, mais aussi de ceux de sa sœur, soit sept au total. La machine à coudre lui offre une chance de gagner un peu d'argent et de nouvelles perspectives.
L'immensité comme foyer
Nous nous rendons à Charchorin. La ville actuelle se trouve juste à côté des ruines de Karakorum, l'ancienne capitale de l'Empire mongol au XIIIe siècle. Cinq heures durant, nous traversons, par des températures de moins 35 degrés, des steppes infinies, des collines ondulantes et une étendue à peine concevable. En chemin, nous apercevons des chameaux sauvages, des gers éparpillés dans le paysage ainsi que de grands troupeaux de moutons et de chevaux.
La famille à laquelle nous rendons visite vit de l'élevage. Elle possède environ 200 chèvres cachemire, une dizaine de vaches, plusieurs yaks et une cinquantaine de chevaux. Avec ses quatre gers, elle se déplace quatre fois par an, en fonction de la saison et de l'altitude. Le chef du clan a déjà été récompensé pour ses élevages de chevaux. Sa femme l'aide à s'occuper des animaux en été. Le reste de l'année, elle vit avec leurs enfants à Charchorin afin qu'ils puissent aller à l'école.
La plus grande menace pour les nomades, ce sont les hivers rigoureux. Lors des années extrêmes, tout le bétail peut périr. Il ne leur reste alors plus rien sur quoi s'appuyer, et l'année suivante, ils doivent repartir de zéro.
Le soir, nous cuisinons ensemble. Dans de grandes marmites, on fait cuire de la viande, des pommes de terre, des légumes et un plat à base de pâte. Des pierres incandescentes fournissent la chaleur nécessaire. Après des discussions et une prière commune, nous mangeons ensemble avant de prendre le chemin du retour vers Charchorin.
Des lieux tranquilles, des univers à part
Sur un terrain de Claim se trouve un centre de vie chrétien. Il comprend deux gers, deux serres, plusieurs conteneurs de matériel humanitaire fourni par ACP ainsi qu'une maison de deux étages. Au rez-de-chaussée, on cuisine pour les personnes dans le besoin et à l'étage, des cours de couture sont proposés.
Ce jour-là, une dizaine de personnes reçoivent un repas chaud : des pâtes aux légumes et à la viande d'agneau. Après le repas, Claim distribue des vêtements et des denrées alimentaires de base.
Parmi les invités se trouve un père accompagné de son fils autiste d'une dizaine d'années. Le garçon reste longtemps assis tranquillement, plongé dans son propre monde. Lorsque des bulles de savon flottent dans la pièce, son visage s'illumine. En riant, il souffle bulle après bulle.
À l'étage, sous l'œil bienveillant des collaboratrices de Claim, plusieurs femmes cousent des toiles de tente pour les gers et des vêtements traditionnels mongols. Beaucoup ont acquis ici des compétences qui leur permettent de gagner au moins une partie de leur subsistance.
Un autre atelier de couture que nous visitons est installé dans le sous-sol sans fenêtre d'un immeuble. La couturière qui y travaille a reçu des machines à coudre et du tissu de la part de Claim. Aujourd'hui, elle transmet son savoir-faire en formant des personnes en situation de handicap physique à des travaux de couture simples. C'est un endroit calme et pourtant, un lieu où naît déjà quelque chose de nouveau.
Apprendre à repartir à zéro
Dans une petite classe d'alphabétisation, une collaboratrice de Claim enseigne à quelques enfants issus de milieux très pauvres les bases de la lecture et de l'écriture, afin qu'ils puissent plus tard intégrer une classe ordinaire. En plus des cours, ils font du dessin, du bricolage et des activités manuelles. À l'occasion de la fête des mères, les enfants invitent leurs mères, leur récitent des poèmes et leur remettent des cadeaux faits maison. Beaucoup de ces enfants viennent de familles qui vivent temporairement dans des hébergements de Claim ou qui reçoivent régulièrement des dons humanitaires.
Nous visitons également un centre de désintoxication de Gamba, un partenaire de longue date de Claim. Y vivent des femmes et des hommes qui souhaitent se libérer de leur dépendance à l'alcool ou aux drogues. La désintoxication se fait sans médicaments. Les résidents sont étroitement accompagnés et intégrés dans la vie quotidienne. Ils cuisinent, font le ménage et travaillent ensemble.
Afin de cofinancer son fonctionnement, le centre gère divers projets professionnels : des stations de lavage de voitures, de l'artisanat du feutre, la mise en conserve de légumes ou encore un petit café. Des cultes et des moments de recueillement ont lieu régulièrement dans les résidences et dans la grande salle au-dessus du café. C'est un lieu où les gens trouvent une structure, une communauté et une orientation.
Pour la première fois rassasié
Bolto a grandi dans des conditions très difficiles. Il volait des chevaux, buvait beaucoup et s'enfonçait de plus en plus dans une vie dénuée de tout sens. Il a été arrêté et condamné à près de trois ans de prison. C'est là qu'il a rencontré le pasteur Maschlä, qui rend régulièrement visite aux détenus et leur parle de Jésus. Bolto l'a écouté, car il sentait qu'il ne pouvait pas continuer ainsi, et a décidé de suivre Jésus. Peu de temps après, il a été libéré pour bonne conduite.
Sa femme lui est restée fidèle pendant toute la durée de sa détention. Elle aussi s'est convertie à cette époque. Environ trois mois après sa libération, Bolto a suivi un cours d'initiation chrétienne organisé par Claim. « C'est là que, pour la première fois de ma vie, j'ai mangé jusqu'à être vraiment rassasié », se souvient-il en riant. Cela fait maintenant 14 ans.
Depuis, Bolto est solidement ancré dans une église de notre réseau, et sa vie a radicalement changé. Aujourd'hui, il possède trois chevaux et s'occupe au total d'une vingtaine de chevaux pour d'autres familles. Il vend du lait de jument fermenté et un ragoût mongol avec des pâtes faites maison. Parfois, il travaille aussi dans le bâtiment ou dans une boulangerie.
Bolto est profondément enraciné dans la foi. « Dieu peut tout faire, contrairement à moi », précise-t-il. Il raconte de façon particulièrement émouvante la manière dont sa femme a frôlé la mort lors de la naissance de leur premier enfant. Bolto et d'autres chrétiens se sont tenus autour d'elle et ont prié. Elle a survécu. La médecin traitante a déclaré plus tard : « C'est uniquement grâce à votre Dieu qu'elle a survécu. »
Pour le deuxième enfant, une césarienne a été nécessaire. Par la suite, les médecins ont fortement déconseillé toute nouvelle grossesse. Mais le couple souhaitait avoir d'autres enfants et a prié pour cela. Les troisième et quatrième enfants sont nés en bonne santé par voie basse, et la mère n'a plus jamais été en danger de mort. Aujourd'hui, Bolto parle à de nombreuses personnes de Jésus, qui a donné à sa vie des fondements solides.



